L’innovation est un incroyable moteur de croissance. Pourtant, par ces temps de crise, un pan entier de « l‘économie de l’innovation » en France semble avoir été oublié : les services numériques, un secteur qui englobe une grande variété d’activités, allant des réseaux sociaux en ligne et du marketing sur les téléphones portables, jusqu’aux technologies d’affichage électroniques, de la télévision sur Internet ou des jeux vidéos.
Or, la révolution digitale est d’une importance primordiale pour trois raisons.
Pour commencer, elle participe à la transformation rapide du monde des affaires : par exemple, les secteurs de la musique, du cinéma, de l’assurance, ou du tourisme ont du totalement repenser leurs stratégies et leurs organisations. Nous nous devons donc, en tant que nation, de maîtriser la problématique générée par la révolution digitale si nous voulons maintenir une économie en bonne santé.
Ensuite, la révolution numérique affecte aussi en profondeur la société en redéfinissant la vie quotidienne. La consommation des médias, l’amitié, l’éducation, la politique, l’expérience de la démocratie etc… Les mutations sont nombreuses et rapides, et ici aussi nous nous devons de comprendre et d’anticiper les conséquences sociologiques de ce nouveau paradigme, et donc de maîtriser les innovations en amont.
Enfin, sur le plan stratégique, dans le monde numérique, le champ de bataille n’est pas national, mais global, et il tend vers la prédominance quasi monopolistique de quelques entrreprises: Google dans les moteurs de recherche, Amazon dans le commerce en ligne, YouTube dans la vidéo sur internet, Facebook dans les réseaux sociaux, ou Twitter dans le micro-blogging.
Or, le centre névralgique de cette révolution se trouve, comme pour celle de l’informatique dans les années soixante-dix, sur la côte ouest des Etats-Unis, et en particulier dans la Silicon Valley.
Nous avons certes de belles réussîtes françaises, comme Dailymotion, qui concurrence l’ubiquité de YouTube, ou des jeunes et prometteuses entreprises comme Total Immersion (logociel de réalité augmentée), Linkfluence (analyse des medias sociaux) ou Pearltrees (systeme de classification des pages Internet).
Cependant, la France est à la traîne, comme beaucoup de pays européens.
Devrions nous en être préoccupés ? Certainement, non pas par chauvinisme déplacé, mais surtout à cause d’un véritable gâchis intellectuel. En effet, avec l’excellent niveau de nos écoles d’ingénieurs, des prépas spécialisées dans les sciences physiques et les mathématiques, des centres de recherches et des universités dans le secteur des technologies de l’information, nous avons, en tant que nation, un avantage compétitif patent qui est malheureusement sous utilisé.
Le problème en France, c’est l’innovation, et son financement.
Au delà des explications classiques, qui vont du manque d’avantages fiscaux pour le métier de capital risque à la préférence des étudiants pour des carrières prometteuses dans de grandes entreprises (qui peut leur en être grés lorsque le « système » n’est pas là pour supporter l’entreprenariat), que pouvons-nous faire pour changer la donne ?
Paradoxalement, la crise est peut être, dans ce cas, une source d’espérance. Explication : puisqu’elle est caractérisée pas une pénurie de liquidité, tant pour accorder des prêts que pour investir monnaie trébuchante dans des entreprises innovantes, le réflexe bien français de faire appel à l’état serait, dans ce cas précis, non pas une solution de facilité, mais créatrice de valeur. Rappelons à l’état son devoir de régulation, de « compensateur » de l’inefficacité des marchés, pour soutenir un secteur d’activité stratégique.
Concrètement, pourquoi ne pas créer un fond de capital risque qui serait financé par l’état, et qui n’investirait que dans des entreprises du secteur numérique qui ont leur siège social, ou d’important sites opérationnels, en France. Ce fond devrait aussi attirer des chercheurs et entrepreneurs étrangers, qui pourraient alors créer et développer leurs activités sur notre territoire. De plus, si une invention ou un brevet n’arrivait pas à attirer l’attention d’investisseurs privés, plus pour des raisons conjoncturelles qu’objectives, ce fond représenterait une deuxième chance.
Il apporterait une bouffée d’oxygène et une certaine pérennité alors que nous traversons une période instable et destructrice.
Le but du jeu ne serait surtout pas de créer une usine a gaz pour les planqués de la république ! La structure du fond devrait être légère ; sa réactivité rapide, son organisation professionnelle, dénuée de toute contrainte technocratique. La sélection des dossiers se devrait d’être transparente (pas de favoritisme, merci bien) et apolitique. Ses employés viendraient du secteur privé, et ses objectifs seraient mercantile : investir pour créer de la valeur pour l’investisseur de référence, c’est a dire l’état… c’est a dire tous les français.
C’est en investissant en temps de crise que l’on prend de l’avance sur la compétition. Cet adage est plus facile à dire qu’à faire, surtout en cette période d’endettement, lorsque l’investissement dans le long terme peut paraître superflu. Or, au milieu de cette crise créée par des dysfonctionnements purement financiers, c’est à l’état d’intervenir de manière ouverte et intelligente. Un fond d’investissement pour le secteur numérique serait une réponse éclatante et un pari pas si risqué qu’il n’y paraît sur l’avenir de la France.
Très juste appel à la mobilisation autour des fleurons de l’industrie française. Pour tout dire, il me semble que le Gouvernement a en partie pris la mesure des enjeux, via notamment les appels à projets organisés par le secrétariat d’Etat à l’Economie numérique (NKM) ou via le FSI ( http://www.fonds-fsi.fr/ )
Anthony
Remarques très justes, mais est-ce que la solution est la bonne?
D’abord le problème est européen: Truffle 100 regroupe les 100 plus gros éditeurs de logiciels en Europe. La somme de leur CA c’est 40% du CA de Microsoft. Ca donne l’échelle et le chemin à parcourir.
Ensuite des financements de l’innovation par l’Etat il y en a, et même certains qui marchent très bien comme Oséo. Le FSI c’est différent: on a peu de recul, mais la taille des investissement fait que cela concerne peut-être une dizaine d’acteurs du logiciel en France, et encore.
Autre mode de “financement” de l’Etat, les poles de compétitivité, qui trustent grandement les financements venant des appels à projet comme celui de NKM en septembre. Mais quid de l’évaluation: combien d’emplois créés, combien de CA généré, combien de champions nouveaux, quel business généré?
Un des problèmes est le financement au démarrage: la loi TEPA y apporte des réponses, mais le problème reste gros. La piste la plus “business” c’est à mon sens un équivalent européen du “small business act”, mais manifestement au delà des belles déclarations personne ne veut.
En fait tout cela pose une grosse question: d’où vient l’innovation créatrice de valeur et d’emplois? Des labos publics? Des grandes entreprises? Ou d’un écosystème de start-ups où éclosent des champions? La Silicon Valley a fait ce dernier pari, nous pas.